Conférence scientifique au CERE : Dr Elisabeth Fichet-Calvet présente la situation du virus Lassa en Guinée à l’UGANC !

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa salle des études du Centre des études et de recherche en environnement (CERE) de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry a été le cadre ce mercredi 4 mars 2015 d’une conférence scientifique organisée par le Directeur Général de l’institution, Pr Sékou Moussa Kéita et présentée par Dr Elisabeth Fichet-Calvet de Bernhard-Nocht Institut de Médecine Tropicale de Hambourg (Allemagne) sur le thème : « Le fièvre de Lassa, écologie, épidémiologie et relations Homme-Rongeur. »

La rencontre placée sous la présidence d’honneur de Pr Ibrahima Boiro a connu la présence de plusieurs personnalités, entre autres, le vice-recteur chargé des études, Dr Boubacar Sylla, le vice-recteur chargé de la recherche de l’université Général Lansana Conté de Sonfonia, Dr Manga Kéita, Pr Kabirou Bah du CERE, les représentants du département de Biologie, Dr Thierno Ibrahima Diallo, le représentant de l’Herbier national, Dr Faya Tounkara, Monsieur Mamadou Bhoye Bah, rapporteur, des enseignants-chercheurs du CERE ainsi que des étudiants en Master de l’environnement du CERE.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La conférence a été introduite par Pr Sékou Moussa Kéita, Directeur Général du CERE qui a commencé par remercier les personnalités présentes d’avoir bien voulu accepté de prendre part à la conférence qui s’inscrit dans le cadre de l’une des missions de son institution.

Ensuite ce fut le tour du Pr Ibrahima Boiro qui a parlé de la conférencière avant de lui demander d’accepter de prendre part à la formation de Master en tant qu’écologiste ainsi que la collaboration avec les scientifiques du CERE. Une situation qui permettra à améliorer ses compétences en matière de l’évaluation écologique.

La conférencière, Dr Elisabeth Fichet-Calvet a, avant tout informé public par le fait qu’elle va présenter sa communication par la projection des diapositives en anglais. Elle a invité tous les scientifiques à s’intéresser à la langue anglaise car, dit-elle, même en France, les résultats des recherches sont présentés en anglais.

Dans son exposé elle dira en substance que « La fièvre de Lassa est une maladie mortelle comme la maladie à virus Ebola mais seulement si la mortalité du virus Ebola est dans l’ordre de 60%, celle du virus Lassa varie entre 1 et 2%. Les pays endémiques sont la Sierra –Léone, le Liberia, la Guinée, le Ghana et le Nigéria. Le premier cas de la fièvre de Lassa a été enregistré en 1969 sur une infirmière américaine à Lassa. » Les imageries et les cartographies à l’appui.

Elle a poursuivi en disant que « Dans les trois villages de la préfecture de Faranah où j’ai fait mes recherches, il a été prouvés que les vecteurs du virus Lassa sont rencontrés dans habitations et dans les cultures environnantes. Ce sont les Mastomys natalensis avec un grand nombre dans les habitations. La contamination se fait non seulement entre les rongeurs mais aussi entre les humains. Il n’a été enregistré aucun virus dans les forêts. Toutes les épidémies de la fièvre de Lassa se passent pendant la saison humide (ndlr : hivernage). »OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Dr Elisabeth Fichet-Calvet a, selon les enquêtes menées au sein des populations de Basse Guinée, la Haute Guinée et la Guinée forestière, il a été constaté que les rongeurs (rats et souris) sont consommés par bon nombre de gens sauf en Moyenne Guinée. Elle indique cependant que cette consommation est fonction des coutumes et des mœurs des populations. Toutefois, la contamination par l’inhalation ou à travers les aliments n’a été prouvée.

La fièvre de Lassa n’est pas connu par les populations. C’est pourquoi, comme prophylaxie, la conférencière a indiqué ce qui suit :

  • Organisation des campagnes d’information et de sensibilisation sur la fièvre de Lassa ;
  • Encouragement à la construction des greniers pour réduire les rongeurs dans les habitations ;
  • Lutter contre les feux de brousse qui poussent les rongeurs à s’habiter dans les foyers ;
  • Mettre en place un programme de gestion des rongeurs.

En effet, Dr Elisabeth Fichet-Calvet a informé sur l’existence d’une étude pilote des rongeurs en Guinée de 2013 à 2016 dans six (6) villages de Faranah pour mieux faire comprendre les populations les problèmes liés à la fièvre de Lassa dont la prévalence est très élevée ainsi que sur la perception par les populations de la fièvre de Lassa et le rapport entre cette maladie et les rongeurs.

La conférencière a terminé sa conférence par l a présentation des images des différents procédés de capture des rongeurs (pièges), leurs localisations (habitations et environnements) des Mastomys natalensis afin de l’isoler et faire des prélèvements ainsi que les précautions à prendre par le personnel pour éviter toute contamination jusqu’à l’isolement et l’identification du virus responsable de la fièvre de Lassa.

A noter que la fièvre de Lassa est une maladie hémorragique virale qui sévit en Afrique de l’ouest, particulièrement en Guinée, Sierra Leone, Liberia et Nigeria. Elle est due à un arenavirus qui a été découvert au Nigeria en 1969. Ce virus provoque une forte fièvre, céphalée, myalgie, toux, diarrhée, œdème pouvant entrainer la mort. On estime que 150 000 à 200 000 personnes seraient contaminées par an en Afrique de l’ouest. Ce virus est transmis par un rongeur, la souris à mamelles multiples, Mastomys natalensis, qui vit de manière commensale dans beaucoup de communautés rurales en Afrique sub-saharienne. Les Hommes se contamineraient en ingérant ou en respirant le virus qui est déposé régulièrement par les rongeurs à travers leurs urines et leurs excretas.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAUne transmission inter-humaine est aussi active, par contact direct des fluides corporels. Cet exposé résumera 10 ans d’études en Guinée, à la recherche du réservoir et des paramètres écologiques qui régissent ses populations. Son corollaire : l’évaluation du risque Lassa pour l’Homme sera exposé en fonction des critères de risque spatial et temporel liés à la dynamique des rongeurs. Enfin, le comportement humain de tolérance ou de prédation des rongeurs sera évoqué dans un volet social.

La rencontre a pris fin par des débats intéressants et instructifs entre scientifiques.